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Vu de ma fenêtre : La bête est là, elle me regarde !

Publié le 25 Octobre 2012

Elle est à peine tapie dans l'ombre. Ça ne lui sert pas à grand chose de se cacher vraiment ces temps-ci.

Ses enfants dégénérés tètent son lait putride.

Les hommes de bien qu'elle a vampirisé ne sont plus que des créatures à tout jamais schizophrènes, qui tentent de la rejeter en éructant pourtant ses pires miasmes.

Elle est là. Elle est atroce. Elle me regarde !

Edifiant paradoxe

Elle me regarde. Moi !

Moi le blogueur prolixe aux deux publications avérées à l'heure où j'écris ces lignes. Moi l'heureux possesseur de 40 (ah, 41 dis-donc, à l'instant...) amis sur Facebook. Moi le twittos fou aux 9 followers (je n'arrive jamais à atteindre 10: chaque fois que le dixième arrive, un autre s'en va), aux 28 tweets dont deux au moins furent drôles.

MOI QUI NE SUIT MÊME PAS SUIVI PAR GUY BIRENBAUM (qui pourtant suit - et est suivi par - tout le monde, bisous Guy!).

C'est un édifiant paradoxe de constater que j'eus à un moment, sur 7 suiveurs à l'époque: Un enfant légitime de la bête, une créature trop infectée pour être sauvée et un troisième pour qui j'ai un doute.

Les deux premiers sont partis. Ils ont sans doute réalisé que la portée de ma parole était très limitée et ne méritait pas l'effort de supporter mes conneries plus avant. Mais ils sont quand même venu renifler un temps ce petit nouveau qui avait du mettre un de leur mot-clé dans une de ses vannes.

Le troisième est resté. Plus je relis sa prose, en moins de 140 caractères, plus je me persuade qu'il s'agit simplement d'une personne qui n'est pas souvent d'accord avec moi. Ça, je ne peux décemment pas lui en vouloir.

Nous sommes donc à ce jour entre nous. Entre gens que la bête n'a pas pu, n'a pas su, attraper, je veux dire.

Je ne suis pas sûr que ça dure!

Car ce que j'ai vu passer sur Twitter ces derniers jours fait froid dans le dos. Au travers des publications de quelques vigies de la toile (à la volée: Marianne2, Edwy Plenel, Guy Birenbaum encore, Alexandre Astier, Ragemag...), surveillés à la loupe par les multiples avatars de la bête, j'ai pu réaliser avec quelle désinvolture les idées de celle-ci progressaient dans notre société. J'y reviendrai.

En suivant Jean-François Copé (la bête me regarde, je regarde la bête là ou elle pense être bien cachée) j'ai saisi comment la bête distille son poison là où on la pensait aphone.

Car en dénonçant un racisme anti-blanc, que fait Copé? En surface, outre qu'involontairement il accorde aux non blancs le droit d'être eux aussi, parfois, des cons, il enfonce surtout des portes ouvertes. Bien sûr qu'il existe ce racisme anti-blanc. Le racisme c'est faire une différence entre les races et s'en servir pour justifier ses exactions. Au nom de quoi une race ou une autre en serait dépourvue puisque toutes les races sont égales?

Plus profondément, ce que fait Copé, en faisant mine de s’apitoyer sur le sort de ceux qui en souffrent, est d'envoyer ce message partout où l'on en souffre pas. Tremblez ruraux de France qui, si vous n'aviez pas la télé, ne sauriez reconnaître un Arabe si d'aventure vous aviez la chance d'en croiser un. Votez.

Votez citadins nantis qui vivez dans des quartiers peu sûrs où, parfois, le facteur est noir. Voire aussi musulman et homosexuel, il y en a quand même qui cumulent...

Votez et vous n'aurez plus peur de ce qui, pour vous, n'existe pas.

Jean-François Copé n'est pas raciste et n'est pas homophobe. J'en mettrais ma main (blanche et hétérosexuelle, rassurez-vous, ne partez pas) à couper.

Mais la bête l'a eu. La perspective du pouvoir l'a aveuglé et la bête s'est précipitée. Maintenant il est sa chose et elle lui fait ânonner ses psaumes incantatoires favoris, à toute heure du jour et de la nuit.

Je me suis déjà payé Jeff la semaine dernière alors ça va comme ça. Mais je n'avais pas insisté sur ce point: la lente intoxication que le fiel qu'il distille opère sur le cœur de son électorat perdu dont la conscience politique est trop communément dictée par la peur.

# unpapaunemaman #labonneetmoi

J'évoquais plus haut la progression des idées de la bête dans notre société. Copé n'en est hélas pas le héraut le plus efficace. Il y a bien pire et bien plus insidieux.

Car que penser des manifestations organisées ce mardi dans toute la France pour protester contre le mariage pour tous? Elles sont à l'initiative du mouvement pro-vie de Christine Boutin. Vous savez, celle qui nous fait tous marrer? Eh bien moi elle ne me fait pas, elle ne me fait plus, rire.

Elle est dangereuse.

Ses idées sont partout sur twitter avec #unpapaunemaman. Allez voir, et n'oubliez pas les sacs à vomi. Et l'intelligence redoutable de ce mouvement est de n'avoir pas, cette fois-ci, mit trop ostensiblement en avant la dimension religieuse de sa pensée (à propos, les cathos, je commencerai à vous respecter un peu plus lorsque vous cesserez d'essayer de me piquer ma place dans la file d'attente des huîtres, au sortir de la messe le dimanche matin. Vous ne l'avez pas lu votre livre ou quoi ? Le respect les uns des autres et toutes ces valeurs que, moi, je respecte ? Et si d'aventure vous me le demandez gentiment au motif que vos vieilles jambes ne vous supportent plus, promis je vous laisserai passer. Sans ce préalable, je ne lâcherai pas un pouce de terrain.). Le catholicisme, surtout radical, ce n'est pas très porteur actuellement.

Du coup, tout le web s'en est mêlé. Même Clint Eastwood, dont la position à surpris tout le monde. Les deux adorables jeunes filles qui se roulent une gamelle devant un parterre de bigotes médusées ont fait le tour de la toile à une vitesse supersonique. Ce fut à la dimension de leur culot: énorme !

Mais aussi très révélateur: Le concert d'applaudissement n'a pu éclipser que très peu le concert de protestation sur le web. Sur ce média, l'applaudimètre n'a pas penché si fort dans le sens espéré.

Et pourquoi donc? Pourquoi, alors que le cumul des gens qui sont pour le mariage pour tous et de ceux qui s'en foutent écrase les effectifs de ceux qui sont contre, pourquoi ces derniers sont-ils encore audibles?

C'est là que je voulais en venir.

Dans ces formidables ateliers d'expression que sont les réseaux sociaux, qui fait vraiment entendre sa voix?

La bête.

Cette hydre protéiforme utilise toutes ses têtes pour parler, parler, parler. Pour répandre sa bile encore et encore.

Et nous que faisons nous?

Nous commentons la photo du petit dernier sur Facebook. Souvent très hypocritement d'ailleurs. Nous regardons sur Youtube la vidéo hilarante et débile que nous a conseillé notre meilleur ami, lui aussi hilarant et débile.Nous donnons notre avis sur tout et surtout sur n'importe quoi, dans le mesure où ça n'est pas trop sérieux.

Nous sommes incapables de nous persuader qu'il faut nous engager un peu plus, parler un peu plus et un peu plus fort des choses importantes. La vie nous est si facile malgré nos simagrées sur la sinistrose ordinaire.

La bête l'a bien compris et fait feu de tous bois sur le web (#unbonjuif, non mais vous vous rendez compte?). Les vigies dont je parlais tout à l'heure, et dont la liste est aussi arbitraire que peu exhaustive, l'on bien compris également. Pour l'instant, une exploitation intelligente de leur notoriété leur permet de faire jeu égal.

Mais jusqu'à quand?

Un journaliste (que je ne me permettrai pas de citer une troisième fois dans ce texte) s’émouvait il y a peu sur Twitter du pourcentage inquiétant de cinglés sur ce même média. Sont-ils vraiment plus nombreux que les sains d'esprit? Je suis tout à fait sûr du contraire.

Mais eux savent se rendre audible, persuadés qu'ils sont, de la nécessité de faire avancer leur cause noire et nauséabonde.

Dites !

Alors le vieux a dit il y a peu: INDIGNEZ-VOUS ! Le titre se suffisait à lui-même - il n'y avait pas grand-chose de bien intéressant à l'intérieur - et beaucoup ont suivi.

Moi je dis: EXPRIMEZ-VOUS !

Faîtes savoir à la bête que ces nouveaux moyens d'expression qu'elle prétend squatter ne lui sont plus ouverts à sa guise.

DITES !

Dîtes, pêle-mêle, sans emphase particulière: que votre nouveau voisin malien est très gentil, ça change de l'autre vieux taré, que le fils de Mme Bouajila a enfin trouvé du boulot, enfin, le pauvre, après tous ces efforts, que vous étiez au mariage de François et Jean-François, qu'est-ce qu'on a rigolé, que les pré-ados musulmans du centre socio-culturel ont accepté de visiter la cathédrale aujourd'hui, tu sais qu'ils ne savaient pas qu'ils en avaient le droit ?, que Farid est mort de rire, il s'est inscrit dans une asso de généalogie et il a découvert qu'il avait du sang allemand, s'il l'avait su plus tôt pour ses papiers..., que M. Li a perdu sa femme, tout le quartier était aux obsèques, même Kevin et Alan, ils étaient un peu tendus avec tous ces anciens, mais ça l'a fait...

Dites la vie du français ordinaire, ni raciste ni homophobe, dites-là fort, dites-là beaucoup, dites-là jusqu'à écœurer la bête, qu'elle aille se trouver un autre lieu ou vomir.

Répondez-lui, aussi. Harcelez-là pour que son message se dilue et s'éteigne dans l'océan du vôtre.

Pour les twittos errant sans but, je propose #franceordinaire en guise de forum, magnez-vous c'est encore libre. Mais c'est pas obligé, soyez inventifs.

Soyez surtout partout.

Ceci-dit - longuement dit mais il y aurait encore tellement à dire - je vous laisse maintenant profiter du beau temps qui semble s'installer durablement sur la France.

Qui semble.

Parce que moi en fait je vous dis ça, c'est vu de ma fenêtre.

@timoleonpremier

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